Ciné-OpéraRicorda Ti Che È Un Film Comicomardi 12 mai 2026 à 20:00

En écho aux spectacles de la saison et en partenariat avec l'Opéra National de Nancy-Loraine, des cartes blanches sont données aux metteuses et metteurs en scène pour découvrir une œuvre cinématographique.
Ricorda Ti Che È Un Film Comico de César Vayssié en écho à Messo De Requiem de Verdi du 27 au 2 juin à l'Opéra National de Nancy-Lorraine
RICORDA TI CHE È UN FILM COMICO
Cernés par la férocité du monde, cinq jeunes artistes tentent de transcende l’angoisse contemporaine avec un projet collectif en guise de futur ou d’ultime extase. Réfugiés dans l’Hôtel du Belvédère, audace architecturale des années 30 en forme de paquebot, ils tentent une recherche chaotique à partir de Beethoven, exemple incongru d'un dépassement héroïque de la catastrophe: faire de la musique sans l’entendre, envers et contre tout. Alix Boillot, Noémie Develay-Ressiguier, Théodora Marcadé, Gaël Sall et Ferdinand Vayssié sont plus ou moins eux-même et les pseudo-héros d’une fable au titre italien, à la frontière franco-espagnole, à bord d’un bateau ivre resté à quai. Une histoire de dépression et de jouissance qui hésite entre le pathétique et le poétique. Les vertiges existentiels de la création comme allégorie désinvolte d’un naufrage collectif.
Un cinéma métaphysique où César Vayssié travestit les processus de réalisation en faisant coïncider, dans un geste commun et contraire, l’expérience du vivant et du filmé. Tourné devant un public, le film est écrit pour un spectacle mis en scène pour être filmé, et inversement. Le montage fragmente des continuités de deux heures, alors que d’autres séquences brouillent l’espace temps. Une confusion artistique qui mêle la préméditation et l’évènement à la recherche d’une narration ambiguë, une écriture filmique en trompe-l’oeil à l’image de ces travellings récurrents dont l’apparente virtuosité cache une forme d’idiotie cinématographique. C’est plus ou moins une performance et un film, comme l’aube et le crépuscule sont plus ou moins la nuit et le jour mais aussi réellement autre chose. Ce n’est pas documentaire, et, par défaut, on pourra dire que c’est une fiction où (rien n’est faux) tout est réel.
Messa da Requiem - Verdi
Le Requiem de Giuseppe Verdi est l’une des œuvres sacrées les plus puissantes de la musique classique. À l’origine, Verdi envisageait une messe en hommage à Rossini, mais c’est la mort d’Alessandro Manzoni, écrivain italien admiré par Verdi pour son engagement humaniste et patriotique, qui décida le compositeur à imaginer ce geste spirituel exprimant sa fascination pour les questions existentielles du jugement universel et de la condition humaine.
Verdi apporte aux textes liturgiques catholiques une expressivité dramatique quasi opératique, comme en témoigne cette célèbre évocation de la colère divine et du jugement dernier dans le Dies Irae, avec ce fracas de percussions et de chœurs saisissant.
Cette matière ne pouvait qu’inspirer César Vayssié, réalisateur de films et artiste polymorphe, qui s’aventure au-delà des limites du cinéma vers un art vivant dont il explore ici pour la première fois la relation avec la voix chorale. On peut parier que ce dialogue entre images et langage chorégraphique trouvera dans la direction de la cheffe coréenne Sora Elisabeth Lee une énergie comparable à celle qu’elle déployait dans le triptyque Héroïne, donné l’an passé à l’Opéra national de Nancy-Lorraine.
