Note d'intention

Note d'intention 

lavieinvisibledeuridicegusmaoaffichebandeannonce2« La vie invisible d’Eurídice Gusmão» est inspiré du roman éponyme de Martha Batalha paru en 2015. J’ai été profondément ému quand j’ai découvert le livre. Il a fait remonter en moi de vibrants souvenirs de ma propre vie. J’ai grandi dans le Nord-Est brésilien conservateur des années 60, au sein d’une famille composée majoritairement de femmes ; une famille matriarcale dans un contexte très machiste. Les hommes étaient soit partis soit souvent absents. Dans une culture misogyne, j’avais la grande chance de faire partie d’une famille où les femmes tenaient le premier rôle et dirigeaient tout. 

Ce qui m’a poussé à adapter « La vie invisible d’Eurídice Gusmão », c’est le désir de rendre visibles tant de vies invisibles, comme celles de ma mère, de ma grand-mère, de mes tantes et de tant d’autres femmes de cette époque. Leurs histoires ne sont pas assez racontées, ni dans les romans, ni dans les livres d’histoire, ni même au cinéma. Quelle était la réaction d’une femme des années 50 lorsqu’elle avaitson premier rapport sexuel avec son mari ? Comment était-ce de ne pas vouloir tomber enceinte avant l’arrivée des méthodes contraceptives ? Comment une mère célibataire pouvait-elle élever un enfant dans un environnement qui l’excluait si terriblement ? Il est impossible de prendre ces questions à la légère. Le défi consistait à les aborder d’un point de vue intime, ce que le roman réussit si brillamment.

Les télénovelas ont édulcoré et banalisé la notion de mélodrame. Pourtant, ces programmes émeuvent des millions de téléspectateurs chaque jour, ce qui en prouve la puissance. J’ai voulu célébrer le mélodrame et me servir de son esthétisme pour dessiner une critique sociale de notre époque, une critique visuellement splendide et tragique, grandiose et crue. Je voulais créer une histoire qui mette en lumière un chapitre invisible de l’histoire des femmes.

J’étais déterminé à filmer un conte de la solidarité, une histoire qui souligne à quel point nous sommes plus forts ensemble qu’isolés, quelles que soient nos différences. Avec « La vie invisible d’Eurídice Gusmão », j’ai imaginé un film aux couleurs très saturées, avec une caméra proche de ses personnages et qui vibre avec eux. Un film chargé de sensualité, de musique, de drame, de larmes, de sueur et de mascara, mais aussi un film imprégné de cruauté, de violence et de sexe. Un film qui n’ajamais peur d’être sentimental, excessif. Un film dont le coeur bat à l’unisson de mes deux protagonistes chéries : Guida et Eurídice.

Karim Aïnouz

(Dossier de presse)


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