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modeleafficheEn formation

de Julien Meunier et Sébastien Magnier. 1h14

Une année aux côtés des apprentis reporters du CFJ - Centre de Formation des Journalistes, à Paris. Avec zèle et conviction, ils s’entraînent aux règles et usages du métier. Les attentats du Bataclan vont bouleverser leur année, leurs émotions et leurs pratiques journalistiques. Jusqu'où doivent-ils aller pour traiter l'information ? Se forme-t-on au journalisme ou s'y conforme-t-on ?

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Est-ce que l’émotion c’est de l’info ?” interroge (s’insurge ?) un des élèves du CFJ Paris après l’expérience que sa promotion a vécu devant le Bataclan, peu après le drame. Certain(e)s apparaissant ébranlé(e)s par la détresse rencontrée sur place, d’autres justifiant de ne pas se questionner au nom de l’information. L’essence de ce documentaire en immersion, exceptionnel et fascinant par ce qu’il nous permet de décrypter du “formatage” du discours des media (radio et télé) tient dans cette phrase terrible prononcée lors de l’ultime séquence valant, à elle seule, pour moment holistique. En 1928, le neveu de Freud avait commis un opuscule titré “Propaganda” dans lequel il analysait cyniquement “Comment manipuler l’opinion en démocratie”. On dit que Gœbbels sut en tirer de profitables leçons. Ce n’est pas, évidemment, le but de ces étudiants des promotions 68, 69 & 70 ! Et pourtant, en nous dévoilant ce qui concourt à l’édification des journaux télé et radiodiffusés, ce film hautement salutaire nous renvoie aussi à nous-mêmes, pu-blic. En effet, lors des premières images nous regardons avec un intérêt teinté de curiosité ces futur(e)s journalistes s’essayant à présentation des flashes.
Alerte, le tempo est assuré par les gros plans sur leurs visages alternant avec ceux, plus larges, sur les studios et leurs classes, nous permettant de tout contextualiser. De même, le rythme et l’espace se tissent entre ceux qui travaillent seuls, avec un enseignant ou en groupe. Et puis, les “conseils” fusent. En les entendant, notre curiosité fait place à une forme de réserve : “Ce que je veux, c’est que vous me racontiez une histoire”, insiste un enseignant. “Faut pas réfléchir dans ce métier. Je veux pas dire qu’il faut être con. Mais tu dois te fondre dans ce que tu dis”, dit un autre. “C’est quoi ton angle ?” questionne un troisième. “C’est une bonne question”, lâche, coincé son étudiant. “Eh oui, c’est un métier”. Un métier où il faut hiérarchiser, sélectionner, trancher... mais dans un but : remuer les émotions. Raison d’être des cours de diction, d’élocution, de mise en place des mots comme des idées auxquels nous assistons en spectateurs privilégiés. On y apprend que parler du métro et de la météo pour telle
radio “périphérique” prime sur l’agenda diplomatique de Hollande ou la situation en Tunisie, du moins pour ouvrir le journal. Apparaît pour le spectateur un “jeu” étrange où l’info emprunte à l’art théâtral autant qu’aux neurosciences. La lecture d’un flash façon “réplique” est du reste un des temps forts de ce film. Comme cette séquence de débriefing collectif citée supra, après qu’ils se sont rendus au Bataclan puis dans les hôpitaux, où se dessinent les psychologies et leur rapport à l’éthique, tant professionnelle qu’individuelle.
On en ressort entre joie d’avoir appris et inquiétude d’avoir découvert. Et par là-même édifiés et prévenus. Ce qui n’est pas le moindre des mérites de cette lumineuse et superbe entreprise de décodage in situ de l’info et de ceux qui nous la transmettent.
Formation, information, conformation ?

 

A propos de Julien Meunier

Après des études de cinéma à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et un passage aux Beaux Arts d’Angoulême pour étudier la bande dessinée, Julien Meu- nier réalise son premier docu- mentaire avec Dorine Brun, La Cause et l’Usage. Le film obtient le Prix des Bibliothèques et la mention du Jury Jeune au festival Cinéma du Réel en 2012. Puis il sort au cinéma le 5 septembre de la même année. Durant cette même édition du festival, Julien présente également son deuxième film, co- réalisé avec Guillaume Massart, Découverte d’un Principe en Case 3. Il continue à collaborer avec Guillaume Massart et signe avec lui le film Le Centre en 2015. En 2018, c’est de nouveau avec Dorine Brun qu’il réalise Projections, présenté au Cinéma du Réel en 2018. En 2021, son nouveau film, En formation, est co-réalisé avec Sebastien Magnier.

Julien Meunier est aussi membre de l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) ainsi que membre du comité éditorial et rédacteur de la revue de critique et de théorie de la bande dessinée Pré Carré.