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de Alain Cavalier avec Catherine Mouchet, Aurore Prieto, Sylvie Habault... 1h34

Thérèse Martin entre au Carmel de Lisieux avec ses trois soeurs à la fin du dix-neuvième siècle. Elle est gaie, ouverte, idéaliste. Les réalités du couvent, son désir de perfection, la mort de son père, les privatisations et le manque de soins altèrent sa santé. Elle lutte à la fois contre la souffrance physique et l’épreuve de la foi. Elle meurt de tuberculose à vingt-quatre ans en laissant un cahier où elle raconte sa “petite vie”. Il est traduit dans le monde entier. Sa tombe devient un lieu de pèlerinage...

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On se projette dans notre tête le film avant de pouvoir l’écrire

1986 | Serge Daney reçoit Alain Cavalier à l’occasion de la sortie de son film Thérèse, adaptation de la vie de Sainte Thérèse de Lisieux. Le cinéaste explique la genèse de ce film, son cheminement avec Sainte Thérèse, sa recherche de l’innocence, son exigence intime et émotionnelle de faire du cinéma.

Alain Cavalier est invité pour parler de son film Thérèse, sélectionné à Cannes en mai 1986 où il reçut le Prix du Jury, puis sorti sur les écrans en septembre 1986. « C’est un peu gênant, c’est comme si l’enfant était né deux fois », explique le cinéaste. « C’était un film qui était fait très confidentiellement et pour un public que l’on voyait relativement restreint, pas rare mais restreint », confie Alain Cavalier qui a vécu l’événement cannois comme une « surprise très agréable ». « Ça a créé « une attente », donc maintenant « il faut qu’il sorte véritablement, c’està-dire qu’il est remonté dans le ventre et puis il va sortir une deuxième fois », analyse le cinéaste, tout en poursuivant la métaphore de la naissance.

La Sainteté est un problème que je ne me suis pas du tout posé mais je me suis posé le problème de s’enfermer pour mieux s’ouvrir. Quitter l’accumulation des choses dans le monde extérieur pour se retrouver avec très peu de choses et concentrer son élan vital sur peu de choses. Je me suis posé le problème par exemple des objets, des regards, des visages et comment concentrer le regard et l’oreille du spectateur sur des choses simples, des informations simples.

Alain Cavalier raconte ce qu’il ressent d’avoir concentré sur pellicule vingt-quatre années de la vie de Sainte Thérèse en seulement quatre-vingt-dix minutes de film, « je suis un escroc, d’une certaine façon, historiquement ». Il a vécu ce film comme « un compagnonnage », « très enrichissant », comme s’il avait « vécu avec Thérèse » : « Je lui parlais et elle me disait : Non ce n’est pas ça ! ». Il poursuit sur cette étrange relation, « je crois que tous les biographes connaissent ça, c’est vivant et c’est magnifique, c’est magnifique ! ».

J’ai fait un très joli parcours pour moi, pour mon propre plaisir, entre la réalité et l’imaginaire. C’est le parcours le plus souple, le plus délié de tous mes films. J’avais l’impression que j’étais arrivé à être un tout petit peu musical. Je ne ressentais pas à l’intérieur de moi-même une séparation, une peine. Et je pense que c’est la présence de ces femmes qui m’avait détendu. Et l’absence de regard érotique que je portais sur elles, on était ailleurs. Pas dans les sphères supérieures, pas dans les nuages, au contraire, on était extrêmement détendu, aucune lourdeur n’était possible.

Le cinéaste parle de la « difficulté de transformer une émotion en film », si on n’y parvient pas, « cette émotion fout le camp définitivement » et alors affirme-t-il, « on ne peut pas le supporter ». Il lui faut donc « trouver la clé » au risque de quoi il arrêterait le cinéma. « Je ne peux pas faire de films chers parce que j’ai décidé un petit peu de m’occuper de mes émotions et de les transmettre le mieux possible », confie-t-il en réfléchissant au cinéma-spectacle. Le problème de mon innocence, comme le problème de l’innocence de Thérèse, je me le posais en permanence. [...] J’ai découvert que je n’étais pas innocent, mais que je cherchais à filmer l’innocence. »

France Culture