Entretien avec Nicolas Marié adieulesconsaffiche2

 

ADIEU LES CONS EST VOTRE SIXIÈME COLLABORATION AVEC ALBERT DUPONTEL, COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS VOTRE RELATION ? 

On a une longue histoire, qui dure depuis bientôt trente ans, et qui a débuté alors qu’Albert était encore en 5ème année de médecine. Cela a commencé par une aventure théâtrale et depuis, nous ne nous sommes pas quittés. Au-delà de l’amitié, il y a une estime réciproque qui fait qu’on peut rester un an sans se voir et un jour Albert m’appelle et me dit : « J’ai un petit truc pour toi, je suis en train de l’écrire ». Il me raconte les grandes lignes du pitch et finit par : « Ça te dit ? ». J’ai toujours répondu oui, et j’y vais les yeux fermés. 

C’EST LE CAS DE LE DIRE, PUISQU’APRÈS AVOIR INTERPRÉTÉ UN AVOCAT BÈGUE, VOUS VOILÀ DANS LE RÔLE DE MONSIEUR BLIN, UN ARCHIVISTE AVEUGLE. LEQUEL A ÉTÉ LE PLUS DIFFICILE À JOUER ? 

C’est plus dur assurément d’être aveugle. L’une comme l’autre sont des propositions qui m’intéressent parce que j’aime m’engouffrer dans des rôles qui sont très loin de moi. J’aime quand l’enveloppe du personnage s’échappe du banal. De mon banal… Albert a un sens du jeu incroyable et c’est un fou de cinéma ! Vous connaissez l’histoire de Chaplin quand il joue avec les petits pains dans LES TEMPS MODERNES  ; les gens lui disaient « C’est formidable cette improvisation » mais il y avait surtout un travail énorme derrière qui donnait cette légèreté au ballet des petits pains. C’est un peu la même chose avec Albert : tout le travail qui est fait en amont (environ six semaines de répétitions) permet la liberté au tournage d’enlever les scories qui pèsent les premiers jours. Quand on arrive sur le plateau, on a eu des photos du décor, on sait comment bouger et on augmente notre champ de liberté. Mais il y en a un qui répète plus encore que tout le monde, c’est Albert. 

SAVEZ-VOUS D’OÙ VIENNENT LES NOMS SI PARTICULIERS DES PERSONNAGES DU FILM COMME CELUI DE MONSIEUR KURTZMAN OU LE VÔTRE MONSIEUR BLIN ? 

Albert a toujours des références intimes qui peuvent échapper aux spectateurs comme aux acteurs. Monsieur Blin, c’est sans doute à cause de blind en anglais, mais c’est peut-être aussi le nom d’un personnage d’un film de Terry Gillian qui joue dans le film. Dans 9 MOIS FERME, je m’appelle Maître Trolos qui signifie bègue en grec ! Albert a des références affectives et amicales, qu’il n’expliquera pas, mais il laisse une trace quelque part de son amitié, de son estime, en choisissant le nom de ses personnages. Comme Suze Trappet, qui est sûrement une référence secrète. 

QU’EST CE QUI A CHANGÉ ENTRE LE PREMIER FILM QUE VOUS AVEZ TOURNÉ AVEC LUI BERNIE, ET ADIEU LES CONS ? 

À la fois tout et rien. Tout, parce que l’expérience, qu’on le veuille ou non, offre des clés. Et rien, parce que je retrouve chez Albert, dans chacun de ses tournages, cette rigueur quasiment monacale qu’il associe à une inépuisable énergie vitale, au service d’une vraie humanité. Il crée un univers unique qui lui appartient et pourtant, tout est vrai dans ses films. C’est émouvant parce qu’il met le doigt pile sur les douleurs qu’on éprouve dans la vie. Albert est ému, touché, sensibilisé par tout ça. Pourquoi a-t-il besoin de se pencher sur cette femme qui va mourir d’avoir trop inhalé de la laque ? Pourquoi ce destin le touche ? C’est dramatique, pessimiste et il arrive à tenir cet équilibre avec son humour. C’est sa manière à lui de survivre. 

 

(Dossier de presse)